Le jeune Mikhaïl Gorbatchev dans la cohorte qui a dynamité le Parti communiste d’Union soviétique

Nous avons vu que le jeune Mikhaïl Gorbatchev, responsable de la politique d’agitation du Komsomol de sa région natale se sera appuyé pendant un certain temps sur ce qu’il appelle des « fenêtres de la satire »… Il s’agissait de vitrines qu’il faisait installer dans les rues de Stavropol pour dénoncer, par l’image, ce qu’il pouvait y avoir de choquant, selon lui, en un temps d’effondrement plus ou moins organisé du prolétariat industriel… Ainsi pouvait-t-on y voir, nous dit-il avec une certaine délectation…
« des photos montrant des cours d’usine encombrées d’ordures, des vendeurs indélicats et des « patrons » en goguette ». (Gorbatchev, page 95)

Ces « patrons » – il ne faudrait surtout pas s’y tromper – n’étaient que les délégués de la dictature du prolétariat… Puisque le soviétisme n’avait pas encore été atteint dans sa chair même… Or, il semble qu’en agissant ainsi, il ait rencontré l’assentiment de certains responsables des niveaux immédiatement supérieurs du Parti qui auront pressenti, chez ce jeune diplômé de l’Université de Moscou, une sorte de vent nouveau… Très vite, les promotions s’enchaînent :
« Le 25 avril 1958, je quittai le gorkom pour accéder au poste de deuxième secrétaire du kraïkom, toujours au Komsomol. En mars 1961, j’en devins le premier secrétaire et conservai ce poste jusqu’en avril 1962. » (Gorbatchev, pages 95-96)

Le voici projeté, à l’âge de trente ans, dans ce qui avait été, jusque-là, l’organe véritablement porteur de la souveraineté soviétique… le Congrès du Parti communiste. En octobre 1961, il s’agissait du XXII:
« Ce fut le premier auquel je participai. » (Gorbatchev, page 99)

La mise en cause du « culte de la personnalité » en était à produire ses effets les plus spectaculaires à l’intérieur même du parti du prolétariat ouvrier et paysan qui avait si magnifiquement réalisé la Révolution d’Octobre 1917 :
« À l’unanimité, le congrès vota l’expulsion de Staline du mausolée de la Place rouge et son inhumation près des murs du Kremlin. » (Gorbatchev, page 99)

Voyons maintenant quel a été le processus sous-jacent qui aura permis à la petite bourgeoisie montante d’obtenir un tel renversement. La question est essentielle pour comprendre dans quelle voie dangereuse Mikhaïl Gorbatchev s’engageait… et pourquoi, très rapidement, il se ferait doubler par Boris Eltsine (1991) qui, lui-même, n’aurait bientôt plus d’autre salut que dans une fuite accélérée hors du système de pouvoir (fin 1999)…

Avec le jeune dirigeant de Stavropol, il nous faut revenir à l’époque de Khrouchtchev :
« En 1957, il fut soutenu par le CC [Comité central du parti communiste], c’est-à-dire essentiellement les premiers secrétaires des CC des républiques, des obkoms et des kraïkoms. » (Gorbatchev, page 102)

À travers ce qui nous est dit ici, nous découvrons que, dès l’année qui a suivi la dénonciation des « fautes » commises par le camarade Staline tout au long de son règne, un basculement s’est produit à l’intérieur du Parti. Il est porté par les jeunes cadres qui, à la façon de Gorbatchev lui-même, n’ont pas la moindre intention de perdurer dans l’ancien système soviétique…
« Le limogeage des vieux « maréchaux » du parti, habitués à considérer les secrétaires régionaux comme des pions, et l’extension des prérogatives des CC des républiques et des comités locaux furent approuvés par les simples « généraux » du parti qui appuyèrent résolument Nikita Sergueïevitch contre le « groupe antiparti ». Sans oublier l’aide de l’armée. » (Gorbatchev, page 102)

Manifestement, la liquidation de la période « stalinienne » ouvrait la carrière à tout ce qui pouvait apparaître comme étant du sang neuf, sans qu’il fût besoin de lui trouver d’autres qualités. C’est ce que Gorbatchev décrit pour nous, en y ajoutant le mécontentement de ceux qui connaissaient bien l’histoire de la révolution soviétique et des oppositions qu’elle avait rencontrées et que, soudainement ils voyaient reparaître :
« La division des organismes régionaux, le jeu permanent de chaises musicales, les mutations fréquentes d’une affectation à l’autre en vue de favoriser la rotation des cadres : tout cela heurtait les intérêts des hauts fonctionnaires du parti et générait une instabilité inacceptable par cet échelon du pouvoir. » (Gorbatchev, pages 102-103)

Au-delà des sommets du Parti, nous allons voir que c’est l’appui même que le soviétisme pouvait trouver dans la classe ouvrière qui se trouve peu à peu miné par la mise à l’écart de la partie du personnel dirigeant agissant pour le compte du prolétariat et sur le lieu même du travail de production :
« La décision de réélire annuellement les secrétaires des organisations de base pour accélérer leur renouvellement et éviter les implantations locales indisposa également le « corps des officiers » du parti qui assurait le lourd fardeau du travail au sein des entreprises. » (Gorbatchev, page 103)

L’une des conséquences de l’ensemble du mouvement est parfaitement perçue par le jeune Gorbatchev :
« La réforme monétaire de 1961 se révéla finalement défavorable aux intérêts des travailleurs. » (Gorbatchev, page 103)

Ayant rompu le lien qui, depuis Vladimir Ilitch Lénine, avait fait du parti l’instrument de tout un peuple, et tentant de promouvoir des réformes qui ne s’appuyaient plus sur une dynamique née de chaque congrès du Parti, Nikita Khrouchtchev ne faisait que développer un chaos généralisé qui préfigurait assez directement celui qui devait accompagner la perestroïka une génération plus tard :
« Son offensive contre les enclos individuels dans les campagnes souleva le mécontentement des ruraux. La mauvaise récolte de 1963 aggrava la situation de l’approvisionnement et entraîna une « hausse temporaire » des prix des denrées alimentaires. Les relations de Khrouchtchev se détériorèrent pareillement avec l’armée, les scientifiques et l’intelligentsia créatrice. » (Gorbatchev, page 103)

Préfigurant ses futures incompréhensions du mouvement qui devait plus tard le chasser du pouvoir, Mikhaïl Gorbatchev s’enferme dans une explication très simpliste de l’attitude des responsables qui refusaient la fin du soviétisme :
« Mais en se réfugiant derrière le « bien du peuple », les « généraux » et les « officiers » du parti visaient avant tout à se maintenir au pouvoir. Voilà pourquoi le Comité central du PCUS, qui avait soutenu Khrouchtchev en 1957, le renversa en octobre 1964. » (page 103)

Placer tout ceci sous la rubrique d’un égoïsme individuel, c’était négliger l’analyse des véritables rapports de classe et se refuser à considérer leur évolution réelle dans le temps et dans l’espace… Propension courante chez les petits bourgeois, ainsi que Vladimir Ilitch Lénine l’avait écrit, par exemple, le 29 octobre 1906, dans l’article « L’esprit petit-bourgeois dans les milieux révolutionnaires » du Prolétari numéro 6 :
« Les périodes de contre-révolution se caractérisent entre autres par la propagation des idées contre-révolutionnaires non seulement sous une forme grossière et brutale, mais sous une forme atténuée : par la croissance de l’esprit petit-bourgeois dans les partis révolutionnaires. »

Michel J. Cuny

NB : Pour entrer davantage dans la réflexion conduite ici, et l’étendre à des questions bien plus vastes, je recommande que l’on s’inscrive dans le groupe « Les Amis de Michel J. Cuny (Section Vladimir Poutine) » sur Facebook.

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