Mikhaïl Gorbatchev : rejeton argenté et cadre communiste de contrebande…

Nous avons vu qu’au sortir de la Grande Guerre patriotique qu’ils avaient traversée sans trop de peine, les Gorbatchev s’étaient en quelque sorte trouvés projetés au pays de cocagne… tandis que, s’il faut en croire Mikhaïl lui-même, les malheureux vivant dans des régions moins favorables que celle de Stavropol se précipitaient « en masse chez nous pour tenter d’échanger contre du blé tout ce qu’ils possédaient ». 

À travers des cas comme celui de cette famille particulière qui avait opté, depuis les années 1930, pour le maintien dans l’agriculture individuelle, c’était toute une classe de petits bourgeois qui se reprenait à espérer une chute aussi rapide que possible du soviétisme, c’est-à-dire de l’État ouvrier et paysan incarné, de façon exceptionnellement pertinente, par un certain Joseph Staline.

Mais nous avions aussi découvert que les Gorbatchev avaient diversifié leurs sources de revenus, de sorte que leur famille « s’en tirait un peu mieux que d’autres« , en particulier pour cette intéressante raison que « contrairement aux paysans, les conducteurs de machines et de tracteurs étaient rémunérés non seulement en nature, mais aussi en espèces ».

Ainsi les Gorbatchev avaient-ils rejoint ce corps d’élite qu’étaient les tractoristes, ce qui revenait à occuper une position stratégique dont nous allons mesurer l’importance en nous référant à Staline lui-même qui déclarait dans un discours prononcé le 27 décembre 1929 devant la Conférence des marxistes spécialistes de la question agraire :
« La grande importance des kolkhozes, c’est précisément qu’ils sont une base essentielle pour l’emploi des machines et des tracteurs dans l’agriculture, qu’ils sont la base essentielle pour la refonte du paysan, pour la transformation de sa mentalité dans le sens du socialisme prolétarien. »

En effet, face aux fermes individuelles et de dimension nécessairement restreinte, les grandes fermes collectives mécanisées – à condition qu’elles le soient effectivement – pouvaient envisager de passer à un niveau de productivité bien supérieur, et d’ouvrir sur une vie sociale totalement différente. Et ici comme ailleurs, Joseph Staline cite la grande source à laquelle il n’aura cessé de s’abreuver :
« Lénine avait raison quand il disait [le 15 mars 1921, dans son Rapport sur l’impôt en nature au Xe congrès du Parti communiste (bolchevique) de Russie] : « La transformation du petit cultivateur, de toute sa mentalité et de ses habitudes est une chose qui réclame des générations entières. Résoudre cette question à l’égard du petit cultivateur, assainir pour ainsi dire toute sa mentalité, seules peuvent le faire une base matérielle, la technique, l’emploi – sur une vaste échelle – de tracteurs et de machines dans l’agriculture, l’électrification réalisée dans de vastes proportions. » »

Certes, en 1921, la toute jeune Union soviétique n’en était encore qu’à essayer de surmonter la famine de tout un peuple… Les tracteurs représentaient une fiction à peu près totale…

Mais, dix ans après les propos tenus par Lénine, et un an et demi après sa propre intervention de la fin décembre 1929, Joseph Staline peut s’exprimer en ces termes lors de la Conférence des dirigeants de l’industrie (21 juin 1931) :
« Enfin, nous avons pourvu la campagne de dizaines de milliers de tracteurs et de machines agricoles […]. » 

Le 7 janvier 1933, un an et demi plus tard une fois encore, le même Staline se présente devant l’Assemblée plénière commune du Comité central et de la Commission centrale de contrôle du P.C.(b) de l’URSS. Il y redonne l’ensemble du processus en cours :
« Le Parti s’est inspiré de ce principe que, pour consolider la dictature du prolétariat et édifier la société socialiste, il est nécessaire, outre l’industrialisation, de passer encore de la petite exploitation paysanne individuelle à la grande agriculture collective, munie de tracteurs et de machines agricoles modernes, seule base solide du pouvoir des Soviets à la campagne. » 

Faisant le bilan des dernières années, Staline déclare :
« L’accomplissement du plan quinquennal dans l’industrie, l’agriculture et le commerce nous a permis d’affermir le socialisme dans toutes les sphères de l’économie nationale, après en avoir chassé les éléments capitalistes. »

Mais que sont donc devenus ceux-ci ? Voici la réponse d’un Staline qui nous laisse entrevoir ce qui se sera bientôt passé pour les Gorbatchev eux-mêmes et tout spécialement pour leur rejeton Mikhaïl après une Seconde Guerre mondiale qui avait très largement rebattu les cartes en Union soviétique au détriment des communistes, cibles principales que les nazis auront détruites par millions, et au profit des vieux tenants de l’antibolchevisme militant :
« Délogés et dispersés à travers l’U.R.S.S., ces ci-devant sont venus s’insinuer dans nos usines et fabriques, dans nos institutions et nos organisations commerciales, dans nos entreprises de transports par fer et par eau, et surtout dans les kolkhozes et les sovkhozes. Il s’y sont insinués et réfugiés, affublés du masque d’« ouvriers » et de « paysans » ; certains d’entre eux se sont même faufilés dans le Parti. »

Anticipant d’une douzaine d’années, sans le savoir bien sûr, sur ce que serait la fin des années 1940 et le début des années 1950 – avant que la mort ne vienne se saisir de lui en mars 1953 -, Joseph Staline mettait ses camarades communistes en garde :
« Qu’ont-ils apporté avec eux ? Évidemment, un sentiment de haine contre le pouvoir des Soviets, un sentiment d’hostilité féroce pour les nouvelles formes d’économie, d’existence, de culture. Attaquer de front le pouvoir des Soviets, ces messieurs n’en ont plus la force. »

Y compris après la disparition du guide, puisque s’il faut en croire Mikhaïl Gorbatchev lui-même :
« Certains étudiants avaient eu dans leur famille des victimes de la répression et avaient conscience, dans une certaine mesure, de la nature totalitaire du régime. Mais l’immense majorité éprouva une émotion sincère et profonde devant ce qui semblait alors une tragédie pour le pays. C’est à peu près ce que je ressentis moi-même. » (Gorbatchev, page 73)

Il ajoute, comme s’il se perdait dans une sorte de rêve éveillé :
« J’ai eu récemment l’occasion de lire une lettre que l’académicien Andreï Sakharov écrivit pendant ces journées de mars 1953 : « Je suis sous l’impression de la mort du Grand Homme. Je pense à son humanité… » Je n’étais donc pas le seul à réagir ainsi. » (Gorbatchev, page 73)

Et le rêve éveillé se poursuit à proximité de la dépouille de celui dont personne n’ose encore médire…
« Nous avançâmes lentement dans la foule immense, faisant parfois du surplace pendant des heures. » (Gorbatchev, page 73)

Que de temps, notons-le, à rester là sans le moindre sentiment de colère :
« Toute la nuit nous passâmes d’un pâté de maison à l’autre pour arriver enfin devant le cercueil. » (Gorbatchev, page 73)

Et cependant, le rejeton des Gorbatchev venait, neuf mois plus tôt, de s’appuyer sur ce que la tradition familiale pouvait lui offrir de mieux, et ceci dans la plus grande tranquillité :
« Je passai tout l’été [1952] au volant de mon tracteur. » (Gorbatchev, page 77)

Ce jeune homme de vingt-et-un ans qui s’apprête à convoler en justes noces avec Raïssa Titarenko a décidément touché le jack-pot…
« La veille de mon retour à Moscou, nous vendîmes, mon père et moi, neuf quintaux de céréales. Avec mon salaire en espèces, je me trouvai à la tête de près de mille roubles, somme plutôt rondelette à l’époque. Jamais je n’avais eu autant d’argent en poche. Les bases financières de mon ménage étaient là. » (Gorbatchev, page 77)

Pour la suite, il suffira de rappeler ce que nous tenons de Staline qui déclarait, le 7 janvier 1933, à propos des ci-devant anticommunistes de tout poil :
« Certains d’entre eux se sont même faufilés dans le Parti. »

Ainsi de Gorbatchev lui-même, cadre chez les jeunes communistes :
« D’ailleurs, je n’avais aucune inquiétude quant à l’avenir. En ma qualité de secrétaire du Komsomol, je faisais partie de la commission des nominations et je savais que ma carrière était toute tracée : avec douze autres anciens élèves (dont onze anciens combattants), j’étais nommé au parquet de l’URSS. » (page 81)

Et pour quoi faire ?… au lendemain de la mort de Staline ?…

Michel J. Cuny

NB : Pour entrer davantage dans la réflexion conduite ici, et l’étendre à des questions bien plus vastes, je recommande que l’on s’inscrive dans le groupe « Les Amis de Michel J. Cuny (Section Vladimir Poutine) » sur Facebook.


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