Mikhaïl et Raïssa Gorbatchev sont effectivement né(e) de familles opposées au soviétisme

Mikhaïl Gorbatchev est né le 2 mars 1931. À travers ses grands-parents maternels et paternels, nous allons découvrir la violence des rapports de classes à l’intérieur de l’Union soviétique après l’accession, fin janvier 1933, d’Adolf Hitler à la chancellerie d’Allemagne. Peut-être ensuite comprendrons-nous mieux pourquoi rien ne pouvait vraiment choquer le jeune secrétaire du Comité central du Parti communiste d’Union soviétique dans le fait de s’entendre si bien – un peu comme d’anciens frères d’armes – avec Helmut Kohl

Je m’en tiendrai ici, pour l’essentiel, au témoignage de Mikhaïl Gorbatchev, en essayant parfois de réinsérer la biographie de ses ancêtres dans un contexte général au beau milieu duquel n’auront cessé de peser la perspective d’un affrontement prochain avec les nazis – mandatés, de plus en plus manifestement, par les principaux pays capitalistes pour anéantir l’État ouvrier et paysan – et la crainte, puis la certitude, d’une radicalisation, à l’intérieur même de l’URSS, de tous les opposants aux mesures de collectivisation des terres qui avaient été prises dans les années immédiatement précédentes… et qui avaient plus particulièrement dressé les nationalistes ukrainiens – sollicités et éventuellement armés par les Polonais voisins – contre les autorités soviétiques.

Voici ce qu’écrit tout d’abord Mikhaïl Gorbatchev :
« Ce fut dans mon enfance que je connus mon premier véritable choc : mon grand-père [maternel] fut arrêté. On l’emmena en pleine nuit. » (Gorbatchev, page 44)

Or, par ailleurs, nous trouvons cette précision qui ne manque sans doute pas d’importance : ce grand-père vivait en Russie, mais, comme son épouse, il était d’origine ukrainienne.

Pourquoi cette arrestation ?

Gorbatchev lui-même a voulu en savoir plus, et voici comment des circonstances qu’il a lui-même provoquées l’y ont aidé :
« Après le putsch manqué d’août 1991, je demandai à Vadim Bakatine de me communiquer le dossier. » (Gorbatchev, page 45)

Ici les traducteurs de la version française nous fournissent une note importante :
« Vadim Bakatine venait d’être nommé président du KGB et avait pour mission de démanteler cette organisation en confiant ses principales tâches à de nouvelles « agences » séparées les unes des autres. » (page)

Voyons ce que Mikhaïl Gorbatchev nous rapporte de ce qu’il a découvert dans ce dossier évidemment très sensible, dont il serait intéressant de savoir s’il existe aujourd’hui encore et quel en est le contenu in extenso… En effet, ici, nous n’atteignons que des miettes. La première scène a lieu au mois de juillet 1937, alors qu’en violation du traité de Versailles, l’Allemagne a remilitarisé, seize mois plus tôt, la Rhénanie au nez et à la barbe des autorités françaises (mars 1936) et que Hitler, en synergie avec Mussolini, apporte son aide à Franco, occupé, lui, à renverser dans le sang la république espagnole (le bombardement par l’aviation nazie de la ville de Guernica date du 26 avril 1937) :
« Tout commença par l’arrestation du président de l’ispolkom [comité exécutif provisoire] de notre district. Il était faussement accusé d’avoir dirigé une « organisation contre-révolutionnaire clandestine trotskiste de droite ». Sous la torture, il donna cinquante-huit noms : toute la direction du district, y compris mon grand-père qui dirigeait alors sa section foncière. » (Gorbatchev, page 45)

Nous n’en saurons malheureusement pas plus… Quels étaient les activités de cette « organisation » ? Détenant ce dossier, pourquoi Mikhaïl Gorbatchev ne tente-t-il pas de nous montrer en quoi tout y était éventuellement inepte ?…

Passons à la suite :
« Bakatine me fit également parvenir le dossier du grand-père de mon épouse, Piotr Stepanovitvh Parada, arrêté dans l’Altaï en 1937. » (Gorbatchev, page 45)

Convergence troublante, et qui aurait pu (et dû) conduire Mikhaïl Gorbatchev à nous dire d’où résultait la différence de traitement final entre les deux inculpés :
« La similitude entre les deux procès-verbaux est étonnante. L’issue des procédures, cependant, ne fut pas la même. Le procureur apposa son visa sur l’acte d’accusation du paysan Parada et, par décision d’une « troïka »  jugeant sans appel, il fut exécuté. » (Gorbatchev, page 46)

Ici, nous trouvons une nouvelle note des traducteurs :
« Tribunaux d’exception de l’époque, composés de trois membres (d’où leur nom) : un représentant du NKVD, un représentant du parquet et un représentant du parti. » (page 46)

Mais pourquoi donc Mikhaïl Gorbatchev ne nous en dit-il pas davantage ? Ayant eu le dossier en mains, il ne retient absolument rien du contenu politique, ni des éléments matériels. Nous n’aboutissons qu’à ceci :
« Fort heureusement, mon grand-père Panteleï ne subit pas le même sort. L’instruction dura quatorze mois et ne fut achevée qu’en septembre 1938. » (Gorbatchev, page 46)

Vient alors une ultime note des traducteurs :
« En décembre 1938, Nikolaï Ejov, qui avait présidé aux grandes purges des années 1937 et 1938, fut remplacé par Lavrenti Beria à la tête du NKVD. » (page 46)

Nous reprenons le fil des explications de Mikhaïl Gorbatchev :
« La purge des organes du NKVD commença alors, le chef de la section de notre district se suicida et mon grand-père finit par être relâché en décembre 1938. Il revint à Privolnoïe et fut réélu président du kolkhoze en 1939. » (page 46)

Mais que faut-il penser de la suite ?
« Il était fermement convaincu que Staline ne savait pas ce que faisait le NKVD et n’imputa jamais ses souffrances au pouvoir soviétique. » (page 47)

Ainsi le grand-père paternel de Mikhaïl Gorbatchev n’avait-il rien à reprocher ni à celui que l’on accable généralement dans ce genre de situation, ni à l’État ouvrier et paysan en lui-même. Était-ce, pour lui, reconnaître que les quatorze mois d’emprisonnement qu’il avait subis correspondaient aux responsabilités qu’il avait effectivement prises dans une affaire criminelle avérée ?…

En tout cas, nous commençons à mieux comprendre les éventuelles positions politiques sous-jacentes à l’arrivée au monde de Mikhaïl Gorbatchev (et de Raïssa).

Ce que confirmera la lignée paternelle du futur promoteur de la perestroïka et de la glasnost.

Michel J. Cuny

NB : Pour entrer davantage dans la réflexion conduite ici, et l’étendre à des questions bien plus vastes, je recommande que l’on s’inscrive dans le groupe « Les Amis de Michel J. Cuny (Section Vladimir Poutine) » sur Facebook.

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