Mikhaïl Gorbatchev (URSS) et Helmut Kohl (République fédérale d’Allemagne) : rien que deux « bons » amis

Avant d’aborder la façon dont Mikhaïl Gorbatchev a mené la politique qui devait déboucher sur la réunification de l’Allemagne, nous pouvons faire un petit détour par la biographie de Vladimir Poutine et par le témoignage que celui-ci a pu laisser à propos de son séjour en Allemagne de l’Est, durant ces années cruciales, autant pour l’URSS que pour l’Europe

Ainsi que nous le rapporte Vladimir Fédorovski :
« Il fut donc affecté à Dresde, en RDA, au cœur du dispositif d’espionnage soviétique. » (Fédorovski, page 43)

Mais qu’était-ce concrètement ? C’est Vladimir Poutine qui nous le dit :
« Le travail concernait le renseignement politique. Il s’agissait de collecter de l’information sur les hommes politiques, sur les plans de l’adversaire potentiel… Recrutement des sources, réception de l’information, traitement de celle-ci et réexpédition au centre. » (Cité par Fédorovski, pages 43-44)

Tout cela concernait l’Allemagne de l’Ouest de ce temps-là… et le personnel politique et administratif qui en assurait ou qui en assurerait bientôt la direction et la gestion :
« Il fallait réunir des données sur les partis politiques et leurs tendances, sur leurs dirigeants actuels et si possible futurs, sur la progression de certains dans la hiérarchie de leur parti et de l’administration publique. » (cité par Fédorovski, page 44)

Mais c’était aussi l’ensemble du rayonnement dans le monde de la politique allemande qu’il convenait de scruter :
« Il était important de savoir qui faisait quoi, la ligne suivie par le ministère des Affaires étrangères concernant notre pays, son influence sur la politique à l’égard de divers problèmes dans différentes parties du monde. » (cité par Fédorovski, page 44)

Et ce point précis sur lequel allait bientôt agir les étranges menées de Mikhaïl Gorbatchev dont nous savons maintenant qu’il prétendait les accorder avec certaines visées de l’OTAN. Suite du témoignage de Vladimir Poutine :
« Ou bien encore, par exemple, quelle serait la position de nos interlocuteurs aux négociations sur le désarmement. Pour obtenir de telles informations, les sources sont indispensables. C’est donc pour cette raison que nous menions parallèlement une activité de recrutement des sources… Un travail de routine. » (Cité par Fédorovski, page 44)

Ainsi Vladimir Poutine n’avait-il pas pu ignorer, par exemple, ce que nous révèle maintenant Vladimir Fédorovski :
« […] Erich Mielke, le responsable de la police politique est-allemande, rencontra le chef hiérarchique de Poutine, résident du KGB à Berlin. Il espérait toujours obtenir de Moscou des instructions fixant la conduite à tenir face aux manifestations de plus en plus nombreuses de la population. La réponse qu’il reçut ne prêtait pas à confusion : « Si vous utilisez la force, ne comptez pas sur nous. » » (Fédorovski, page 47)

Au-delà de l’usage de la force – comme dernier recours -, il paraît qu’il n’y avait même aucune place pour la moindre résistance de caractère politique… Vladimir Fédorovski en fait lui-même le constat :
« Gorbatchev s’en tint en définitive à la promesse qu’il avait faite au chancelier ouest-allemand de ne pas intervenir. » (Fédorovski, page 47)

Et ce qui devait arriver arriva au milieu de l’automne de 1989, tandis que, comme l’ensemble de ses collègues soviétiques présents en Allemagne de l’Est, Vladimir Poutine se désolait de voir se produire ce qu’il redoutait depuis quelques temps :
« […] dans la nuit du 8 au 9 novembre, les habitants de Berlin-Est commencèrent de franchir le mur. Le KGB n’eut pas le temps d’user d’un quelconque stratagème : les événements avaient pris de vitesse jusqu’aux services secrets… Ces derniers n’osèrent pas se prononcer alors contre la résolution du chef du Kremlin, mais ils allaient lui en tenir rigueur : d’une certaine façon, c’est ce jour-là qu’il fut décidé du putsch d’août 1991 contre Gorbatchev. » (Fédorovski, page 47)

De quels éléments disposons-nous pour comprendre ce qui s’est passé dans les coulisses de l’effondrement de l’URSS sur la scène internationale ? Faut-il compter avec des menées particulières d’une l’Allemagne de l’Ouest alors conduite par Helmut Kohl ? Qu’aura fait Mikhaïl Gorbatchev en présence de ce personnage dont Vladimir Poutine et ses collègues lui avaient dit et redit de quelle nature était son action souterraine ?

Lui-même s’en est expliqué dans ses Mémoires. Nous allons donc pouvoir en juger sur pièces…
« En fin de compte, ma première rencontre avec le chancelier Kohl eut lieu le 24 octobre 1988, à Moscou. » (Gorbatchev, page 650)

Mikhaïl Gorbatchev         –         Helmut Kohl

Et Gorbatchev de poursuivre :
« Après avoir souligné le désir de son gouvernement de développer ses liens avec l’Union soviétique dans tous les domaines, il ajouta : « J’attache une importance extraordinaire aux contacts personnels avec vous. Je suis arrivé à Moscou en ma qualité de chancelier fédéral de RFA, mais aussi comme le simple citoyen Kohl. Nous avons sensiblement le même âge, nous appartenons à la génération qui a connu la guerre. » » (Gorbatchev, pages 650-651)

Comme s’il pouvait s’agir seulement de leurs personnes… Comme s’il n’y avait pas eu des dizaines de millions de morts – dont 27 millions de Soviétiques – entre leurs deux pays pour cette raison que l’un des deux était un État ouvrier et paysan offert aux appétits nazis par les États capitalistes occidentaux…

Comme s’il suffisait à l’Allemand, en feignant de se dédouaner lui-même, d’amortir le caractère monstrueux de la politique génocidaire qu’il se révèle tout de même assez fier d’avoir servi en assurant que sa progéniture elle-même se trouve bien dans les rails… En effet, Helmut Kohl ajoute, et non sans une certaine forfanterie de très mauvais aloi :
« Il est vrai que j’ai servi dans une unité auxiliaire des troupes antiaériennes, mais il est difficile de considérer cela comme une participation à cette guerre dont nos familles ont vécu toutes les horreurs. Votre père était soldat, il a été grièvement blessé. Mon frère est mort à l’âge de dix-huit ans. Ma femme était une réfugiée. Nous sommes une vraie famille allemande. Vous avez une fille, j’ai deux fils, de vingt-trois et vingt-cinq ans. Ils sont tous les deux officiers de réserve. » (Gorbatchev, page 651)

Et Gorbatchev lui-même – son « conscrit » – quel souvenir avait-il gardé de la Seconde Guerre mondiale ?

Mieux… En face de la « vraie famille allemande » revendiquée par son si aimable visiteur, de quel soviétisme combattant sa propre famille pouvait-elle s’enorgueillir pour qu’il puisse lui-même prendre de telles libertés avec un passé si terriblement endeuillé, et en venir à offrir les clés de l’Allemagne de l’Est à la réunification de la grande Allemagne sous les griffes de l’OTAN, alors qu’il avait fallu, quatre ou cinq décennies plus tôt, perdre des fleuves de sang pour arracher l’URSS aux griffes d’Adolf Hitler ?

C’est ce que nous ne devrions pas tarder à découvrir.

Michel J. Cuny

NB : Pour entrer davantage dans la réflexion conduite ici, et l’étendre à des questions bien plus vastes, je recommande que l’on s’inscrive dans le groupe « Les Amis de Michel J. Cuny (Section Vladimir Poutine) » sur Facebook.

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