Mikhaïl Gorbatchev aux affaires : je m’y perds et je t’embrouille…

Nous avons vu que, pour cette petite bourgeoisie « intellectuelle » dont Mikhaïl Gorbatchev est devenu la tête de gondole, le point d’appui principal se trouvait à l’étranger… et plus précisément dans le monde capitaliste anglo-saxon.

Il s’agissait donc, pour elle, de réussir tout d’abord à avoir les coudées franches sur la scène internationale…

Ainsi, au-delà de la personne d’Andreï Gromyko, ministre des Affaires étrangères de l’Union soviétique de 1954 à 1985, la classe politique montante devait absolument circonvenir l’ensemble des forces politiques soviétiques pour venir à bout de l’État ouvrier et paysan né de la Révolution d’Octobre 1917.

Comme précédemment, nous allons utiliser les aveux offerts par Andreï Gratchev dans la biographie qu’il a consacrée à son ancien patron…
« La seule façon pour Gorbatchev d’oser rompre avec la tradition fut son refus d’inclure sa nouvelle proposition « historique » dans le rapport du Secrétaire général au congrès du Parti : c’était ainsi que l’on annonçait habituellement les initiatives politiques majeures […]. » (Gratchev, page 91)

Aussitôt, nous retrouvons l’âme damnée, Alexander Iakovlev, « vrai père de la perestroïka », que…
« Gorbatchev chargea […] de préparer le chapitre « politique étrangère » de son rapport pour le prochain congrès du Parti ». (Gratchev, page 94)

Voyons comment il a été procédé pour circonvenir le parti communiste, c’est-à-dire l’instrument par le biais duquel la population ouvrière et paysanne d’Union soviétique contrôlait la ligne générale d’action de l’État prolétarien exerçant sa dictature. Le document à partir duquel tout se trouvait déterminé au su et au vu, et sous le contrôle, de l’ensemble des membres du Parti et, par extension, de la population des différentes républiques constitutives de l’URSS, était le rapport présenté à l’occasion de Congrès souverains…

À ce propos, Andreï Gratchev nous apporte une précision importante :
« Selon le rituel, il devait rassembler les dossiers présentés pour cet événement, tant par les différents corps de l’État et du Parti – le D.I. [Département international du Comité Central], le M.A.E. [ministère des Affaires étrangères] et le ministère de la Défense – que par les Instituts académiques, pour rédiger un texte intégrant les diverses contributions. » (Gratchev, page 96)

De fait, la confrontation aurait pu être très rude s’il avait fallu exposer, devant l’ensemble du Congrès, l’abandon complet, voulu par les dirigeants infiltrés peu à peu jusqu’au sommet de la pyramide étatique, de toute idée de résistance face à l’Occident impérialiste…

Occasion rêvée, que ce XXVIIe Congrès du PCUS (25 février – 6 mars 1986) pour ce Iakovlev (ex-ambassadeur d’URSS au Canada pendant dix ans], « vrai père de la perestroïka », qui allait pouvoir démontrer qu’il n’avait décidément pas froid aux yeux :
« En fait, Iakovlev détestait les écrits collectifs et avait un penchant bien connu pour rédiger les textes lui-même ; il n’invita que deux personnes pour l’aider à préparer ce rapport d’une grande importance stratégique : Nikolaï Kosolapov (qui, avant de devenir son assistant à l’IMEMO puis plus tard au Comité central, avait travaillé quelques années pour Nikolaï Inozemtsev, ancien directeur de ce think tank puissant et prestigieux) et Valentin Faline, autrefois ambassadeur soviétique en Allemagne de l’Ouest, puis premier suppléant de Leonide Zamiatine, chef du département de l’Information internationale du Comité Central. » (Gratchev, pages 96-97)

C’est un travail de plusieurs années qui allait enfin pouvoir être sanctionné en bonne et due forme. L’un des principaux protagonistes ne manquerait pas de le rappeler plus tard :
« Nikolaï Kosolapov, l’autre membre de l’équipe de Iakovlev, dit que lorsqu’on lui demanda de préparer le premier jet du futur rapport, il se servit surtout de dossiers informels et d’idées qui avaient été débattus avec son ancien patron, Nicolas Inozemtsev. » (Gratchev, page 96)

Et c’est Kosolapov lui-même qui indiquera, à propos de Iakovlev, l’inventeur de cette perestroïka dont le nom allait être prononcé pour la première fois – mais sans aucun développement afférent – par Mikhaïl Gorbatchev dans un discours officiel :
« Alexandre Nikolaevitch dit que le moment était venu d’inclure dans le texte la plupart des idées dont nous avions rêvé et débattu entre nous dans le passé, et que nous devions profiter de la chance qui nous était offerte. » (Cité par Gratchev, page 96)

Tout ceci résultait donc vraiment d’un travail collectif… qui n’avait pas manqué de bénéficier de quelques collaborations étrangères certainement très bien appréciées du côté des apprentis-sorciers gorbatchéviens. L’aveu en vient d’Andreï Gratchev qui a été l’un d’eux :
« Il est vrai qu’au début des années 1980, beaucoup de membres de la communauté universitaire soviétique étaient en contact actif avec leurs collègues occidentaux et participaient à un mouvement intellectuel de réflexion sur des politiques alternatives capables d’établir de nouveaux fondements pour assurer la stabilité et garantir la sécurité mondiale. » (Gratchev, page 97)

Si le plus grand flou entourait la politique étrangère que la nouvelle équipe comptait réellement mener, il en allait de même pour la politique économique qui n’avait fait que dire son nom : perestroïka…

Ainsi, analysant le discours de plus de cinq heures que venait tout juste de prononcer le nouveau Secrétaire général du PCUS,  Gérard Wild écrivait-il pour le CEPII (Centre d’études prospectives et d’informations internationales) :
« Au total, M. Gorbatchev ne considère pas, pour l’instant, que la ligne du XXVIe Congrès – celui qui avait adopté le plan quinquennal pour 1981-1985 et les orientations pour 1990 – doive être remise en cause. Ce qui lui importe avant tout, c’est qu’elle soit appliquée : « Ce n’est pas tout de prendre de bonnes décisions. Le plus important, c’est de les exécuter, de commencer à agir. » »

Tout le problème de Gorbatchev était là… Commencer à agir… Sortir du flou…

Encore quelques changements d’hommes…, nous dit Gratchev :
« Au début de l’automne 1986, un an après son élection comme Secrétaire général, avec Chevardnadze ayant enfin gagné le contrôle total du M.A.E., avec Dobrynine à la tête du D.I. et Tcherniaev ayant remplacé Alexandrov-Agentov comme conseiller, Gorbatchev avait formé pour l’essentiel son équipe de politique étrangère. » (page 102)

Et le même de se rassurer rétrospectivement…
« Le 27e congrès du Parti venait d’approuver la « nouvelle pensée politique » comme base idéologique de sa diplomatie, lui donnant ainsi un mandat politique clair. » (Gratchev, page 102)

Pour ensuite avouer ceci qui démontre bien le caractère sournois de l’ensemble de la politique gorbatchévienne :
« C’est environ à ce moment-là, peut-être, que Gorbatchev se rendit compte combien il était plus facile de se libérer de l’influence de certains individus que de vaincre l’inertie et les stéréotypes des traditions dominant la politique étrangère soviétique. » (Gratchev, pages 102-103)

Autrement dit : tout cela était très mal parti… dès avant même le départ…

Michel J. Cuny

NB : Pour entrer davantage dans la réflexion conduite ici, et l’étendre à des questions bien plus vastes, je recommande que l’on s’inscrive dans le groupe « Les Amis de Michel J. Cuny (Section Vladimir Poutine) » sur Facebook.

 

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