Evguéni Primakov, l’homme de toutes les avanies, avant qu’il ne renaisse un peu sous les traits de Vladimir Poutine

Nous avons vu Evguéni Primakov, joyeusement embarqué dans la remise en ordre de la doctrine marxiste-léniniste… Nous l’avons vu compagnon de route d’un Mikhaïl Gorbatchev tout occupé à plaire aux Occidentaux…

Vladimir Poutine      –      Evguéni Primakov

Le piège s’était ouvert sous les pas des hauts responsables de l’URSS. Mais Evguéni Primakov préfère se souvenir positivement, c’est-à-dire avec une irrépressible nostalgie, de cette très belle époque où tout paraissait soudainement possible :
« Quant aux rencontres de Dartmouth, qui avaient lieu à intervalles réguliers, elles servaient à rapprocher les deux superpuissances. » (Primakov, page 40)

Et à faire prendre un peu la grosse tête à l’intelligentsia soviétique… Pour lui servir d’avant-garde, nous retrouvons en particulier l’IMEMO à la direction duquel Mikhaïl Gorbatchev avait fait nommé Evguéni Primakov dès 1985. Celui-ci ne pouvait qu’en être enchanté, et donc tout spécialement à l’occasion des… rencontres de Dartmouth :
« Du côté soviétique, deux instituts y participaient : l’IMEMO et l’Institut des Etats-Unis et du Canada. Du côté américain, les participants étaient des politologues, pour la plupart d’anciens hauts fonctionnaires du département d’Etat, du Pentagone, de l’administration présidentielle ou de la CIA, ainsi que des banquiers et des hommes d’affaires. C’est à cette occasion que je me suis lié d’amitié avec David Rockefeller, qui coprésida ces séances pendant de longues années. » (Primakov, page 40)

Ensuite, Evguéni Primakov va quitter la haute fonction publique, pour atteindre tour à tour, et toujours dans le sillage de Mikhaïl Gorbatchev, le fauteuil de président de l’une des deux chambres parlementaires, le Soviet de l’Union (1989), puis une place de membre du Conseil présidentiel, la camarilla du même Gorbatchev

Mais aussi la responsabilité d’être l’envoyé spécial de celui-ci en Irak (1990-1991) où la guerre du Golfe ne devait pas tarder à commencer, et, pour lui, une leçon de choses dont il garderait pour toujours un souvenir plus que cuisant…

Ce qu’avec toute la naïveté bien portée en cette époque d’une perestroïka plus que mûre qui tournait plus ou moins au champignon vénéneux, Evguéni Primakov n’a pas cru devoir lire parmi les propos pourtant suffisamment affirmés d’une Margaret Thatcher à qui il rendait visite, en octobre 1990, dans une ambiance volontiers décontractée :
« Le Premier ministre nous accueillit donc dans un cadre non officiel. Elle-même, son conseiller Charles Powell, notre ambassadeur, mon adjoint Robert Markarian et moi étions assis près de la cheminée, dans de confortables fauteuils. » (Primakov, page 72)

Tout allait donc très bien, et c’est dans cet appareil qu’Evguéni Primakov n’a surtout pas voulu voir venir la potion qu’on lui préparait…
« Tout semblait présager une conversation fort amicale et nous étions confiants. Margaret Thatcher nous écouta attentivement, sans nous interrompre. Mais ensuite, pendant une bonne heure, elle prit la parole sans que nous puissions intervenir. » (Primakov, page 73)

On voit d’ici les trois Soviétiques plus ou moins bouche bée devant la « Dame de fer » :
« Elle nous exposa, de la façon la plus franche, une thèse qui gagnait rapidement du terrain : il ne fallait plus se limiter à l’évacuation des troupes irakiennes du Koweït, mais porter un coup foudroyant à l’Irak, « briser l’échine » de Saddam Hussein, liquider tout le potentiel militaire, voire industriel, de ce pays. » (Primakov, page 73)

Voilà ce que valait, à cette époque, l’amitié de l’URSS… Plus rien du tout… le pauvre Saddam n’y couperait donc pas… Ou alors, la petite dame se fâcherait tout rouge :
« On ne doit pas empêcher la réalisation de ce projet, déclara Thatcher. Saddam Hussein ne doit pas avoir l’ombre d’un doute sur le fait que la communauté internationale ne reculera pas et qu’elle parviendra à ses fins. Nul ne doit même tenter de protéger son régime du coup qui va lui être porté. » (Primakov, page 73)

Finalement, le pauvre Primakov n’est plus qu’un petit garçon qui jette ses dernières forces dans une bataille qui n’est déjà plus du tout la sienne, ni celui de l’ancienne glorieuse Union soviétique :
«  – Vous ne voyez donc aucune alternative à la guerre ? réussis-je à placer.
    – Non, répondit Thatcher.
    – Quand les opérations militaires commenceront-elles ?
    – Je ne peux vous le dire, car elles doivent prendre l’Irak de court. » (Primakov, page 73)

Mais pas les réviseurs de Vladimir Ilitch Lénine… qui savaient désormais à quel point les Occidentaux leur avaient savonné la planche : il ne leur resterait plus qu’à s’y laisser glisser…

Pour, peut-être, récupérer la mise à l’intérieur du pays…

C’est que Mikhaïl Gorbatchev n’en avait pas fini de monter vers le ciel d’un pouvoir qui, à vue d’œil et de loin,  paraissait d’autant plus considérable qu’il ne s’agissait que d’un ballon de baudruche.

Rien qu’après avoir présenté les réformes apportées par le IIIe Congrès des députés du peuple (14 mars 1990), Hélène Carrère d’Encausse ne pouvait s’empêcher d’écrire :
« Avec cette réforme, Gorbatchev détient plus de pouvoirs que Staline n’en eut jamais. » (d’Encausse, page 171)

Ce n’était pas encore assez. La voici qui passe à la suite :
« Le IVe Congrès des députés du peuple se réunit du 17 au 20 décembre 1990. » (d’Encausse,  page 187)

Le Gorbatchev qu’on va voir n’est plus qu’à huit mois de sa liquéfaction dernière (août 1991), mais, comme le singe à l’échelle, il grimpe encore un peu…
« […] il avança trois propositions. Tout d’abord, transformer le Conseil des ministres en cabinet, organe plus restreint qui plaçait l’exécutif sous l’autorité directe du président. Puis transformer le Conseil présidentiel en Conseil de Sécurité. » (d’Encausse,, page 189)

Ici, le brave Primakov joue un peu son avenir : il est membre du premier des deux Conseils…

En tout cas, comme nous le voyons avec l’académicienne, Mikhaïl Gorbatchev paraît avoir vraiment la baraka !…
« La suppression du Conseil présidentiel fut votée sans débat ; 34 voix seulement s’y opposèrent. » (d’Encausse, page 190)

Mais cette toute dernière victoire n’est qu’un leurre :
« Elle eut des conséquences politiques sérieuses pour Gorbatchev puisqu’elle écarta de lui ses plus proches collaborateurs, ceux qui avaient imaginé avec lui la perestroïka ou qui l’avaient accompagné dès le début. Iakovlev, Chataline, Medvedev, Primakov, en quittant un Conseil dissous,  disparaissent de la sphère du pouvoir. » (d’Encausse, page 190)

N’oublions toutefois pas le petit miraculé d’une l’opération par ailleurs si dévastatrice…
« Seul Primakov fut « rattrapé » par le Conseil de sécurité en raison de ses compétences moyen-orientales et des contacts qu’il avait noués dans toutes les régions stratégiques au cours de sa carrière de journaliste, d’expert et d’apparatchik. » (d’Encausse, page 190)

Ce serait effectivement, à quelques années de là, son chemin de… Bagdad, et la fin de toutes ses illusions.

Michel J. Cuny

NB : Pour entrer davantage dans la réflexion conduite ici, et l’étendre à des questions bien plus vastes, je recommande que l’on s’inscrive dans le groupe « Les Amis de Michel J. Cuny (Section Vladimir Poutine) » sur Facebook.

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