Les Wendel, qu’est-ce que c’est ?

Du fait d’une décision – dont je développerai bientôt le contenu – prise par Charles de Gaulle dès le début de 1946, Jean Monnet – le futur père de l’Europe – a été branché directement sur les sommets de l’État français, et en dehors de tout contrôle possible par la population. Il s’agissait d’une petite astuce que Gaston Palewski avait soufflée à l’oreille du président du Gouvernement provisoire qui l’avait mise en œuvre tout juste avant sa démission.

Comme j’ai commencé à le montrer, derrière Gaston Palewski, il y avait ce que j’appellerai le « conglomérat Wendel », dynastie industrielle qui a traversé les siècles et qui constitue, à elle seule, la vraie France historique, celle dont Charles de Gaulle n’aura cessé de vanter les mérites, tout en étant sûr de l’incarner par sa seule personne.

Les Françaises et les Français, pendant ce temps… nous savons la suite.

Certes, le peuple de France avait tout de même fini par arracher le droit de vote en 1848… C’est du moins ce qu’il croit. Ce qui ne l’empêche pas de nourrir un invraisemblable fantasme en présence de celui qui a été l’instrument principal de la grande bourgeoisie française pour lui clouer le bec au beau milieu du vingtième siècle : De Gaulle.

J’ai précédemment évoqué, par-delà Gaston Palewski, les liens familiaux entretenus avec les Wendel par Geoffroy de Montalembert (qui a d’ailleurs successivement épousé une fille de Carmen de Wendel, puis Odile de Wendel… on n’est jamais assez prudent), Ernest-Antoine Seillière, Michel Debré et le maréchal Leclerc de Hauteclocque. C’est en suivant ce qui rattache celui-ci, par son mariage avec Thérèse de Gargan, à la généalogie des Wendel que nous avons fait la rencontre du nom de Charles de Gargan.

Essayons maintenant d’améliorer un peu notre échantillonnage…

Ce baron a huit enfants. Nous n’allons en retenir que deux : Auguste de Gargan, le père de la future épouse du maréchal : Thérèse de Gargan, et son homonyme, qui se trouve être sa tante : Thérèse de Gargan, épouse du comte de Mitry.

Or, par-delà Charles de Gargan, nous avions rejoint les Wendel. Charles était en effet le fils de Marguerite de Wendel (1804-1851). Les mariages successifs avaient fait perdre le contact des Gargan avec le nom prestigieux. Mais, rompant avec ce que l’on pourrait prendre pour une malédiction, l’un des fils du comte de Mitry, Emmanuel, a réussi, pour sa part, à rétablir le lien direct avec le patronyme princeps en épousant… une Marguerite de Wendel toute neuve, épousailles d’où naîtront Marie-Thérèse et Hélène de Mitry. Quant à cette dernière, elle convolerait en justes noces avec François Missoffe, pour s’appeler elle-même Hélène Missoffe.

Sous Charles de Gaulle, François serait ambassadeur au Japon, puis ministre de la Jeunesse et des Sports, tandis qu’Hélène, ayant eu à élever huit enfants, n’entrerait que bien plus tard dans une bien belle carrière politique au féminin. On ne présente plus l’un des huit enfants en question : Françoise de Panafieu, ex-candidate malheureuse à la mairie de Paris.

La sœur sus-nommée d’Hélène Missoffe, Marie-Thérèse de Mitry a, pour sa part, épousé Jean François-Poncet, qui, avant de devenir ministre des Affaires étrangères de Valéry Giscard d’Estaing, serait secrétaire général de la délégation française chargée de négocier les conditions de formation du Marché commun et d’Euratom (1956-1958), et spécialiste français réputé des affaires européennes, marocaines, africaines, conseiller à Téhéran, administrateur de Marine-Wendel et de la Compagnie navale Worms.

Et nous devrions bien connaître son papa, André François-Poncet, ambassadeur de France auprès d’Hitler (1931-1938), puis auprès de Mussolini (1938-1940)… Mais je m’arrête ici, pour ne fâcher personne.

Par contre, je veux bien en venir à cette constatation que nous avons rejoint ici Gaston Palewski, qui nous a dit déjà que c’est bien grâce à André François-Poncet qu’il a rejoint, dès les années trente, la Société d’études et d’information économique dont on ne saurait mésestimer la puissance médiatique qu’elle représentait. Mais, justement, Gaston souhaiterait nous en dire un peu plus (je le cite d’après mon propre ouvrage : Quand le capital se joue du travail) :
« J’étais au bulletin quotidien [de la Société] depuis quelques mois en 1928 quand Claude-Joseph Gignoux me dit :
– Accepteriez-vous d’être le secrétaire de notre groupe parlementaire ?
Le groupe auquel appartenait Gignoux s’appelait – si mes souvenirs sont exacts – l’Action démocratique et sociale. C’était une sorte de cerveau du Centre droit. Il était présidé par Maginot ; il comprenait Paul Reynaud, François-Poncet, d’autres excellents éléments, et avait une influence sans commune mesure avec son faible effectif. »

De fil en aiguille, Gaston Palewski n’allait guère tarder à devenir directeur de cabinet de… Paul Reynaud, qu’on retrouverait plus tard ministre des Finances, puis président du Conseil, tandis qu’un lieutenant-colonel de Gaulle, d’abord terriblement isolé et en quête d’un destin hors-pair, finirait par devenir très sympathique au directeur de cabinet.

Vivement la suite !

Mais la famille Debré ne se consolerait pas si je n’apportais encore une précision significative à propos de la seconde épouse de Robert Debré, le père de MichelÉlisabeth de La Panouse (fille de Sabine de Wendel), à l’occasion d’un premier mariage (avec le comte de la Bourdonnaye), avait donné naissance à Oriane, la future épouse d’Yves Guéna, futur ministre des Postes et télécommunications et… comme Gaston Palewski et Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel (2000-2004).

Michel J. Cuny

(Ce texte est tiré de l’ouvrage électronique « Pour en finir avec la Cinquième République – Histoire de l’étouffement du suffrage universel » que j’ai publié il y a quelques mois et que l’on pourra trouver ici.


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