France-Angleterre (1938) : Tout pour jeter Hitler contre l’Union soviétique

La politique, voulue et mise en oeuvre par Pierre Cot, d’alliance indirecte entre la France et l’URSS… de Staline, à partir d’une assistance commune apportée à la Tchécoslovaquie contre l’Allemagne d’Adolf Hitler, a été, comme on sait, brisée par les accords de Munich de septembre 1938. Aujourd’hui, le seul terme « accords de Munich » suffit d’ailleurs à qualifier tout ce qui peut s’assimiler à une trahison majeure, et principalement à la trahison de ce que l’on pourrait appeler les « intérêts fondamentaux de l’humanité ».

munich-1938
C’est avouer, implicitement, qu’à cette époque l’URSS…. de Staline était du bon côté, et que c’est cette URSS-de-Staline-du-bon-côté qui a été criminellement trahie par la France de Daladier et Cie… Certes, mais il faut encore souligner que cette trahison s’inscrivait dans un véritable renversement d’alliances, renversement d’alliances qui a ouvert la voie aux victoires écrasantes des troupes hitlériennes entre 1939 et 1943, c’est-à-dire jusqu’à la bataille de… Stalingrad.

Renversement d’alliances ?… Oui, et redoublé.

D’abord, à l’intérieur, les communistes, seul parti à s’opposer à la ratification des accords de Munich, sont peu à peu transformés en pestiférés, ce qui casse le Front Populaire dont ils constituaient le socle. Mais, au-delà du Parti communiste, c’est aussi et peut-être surtout la C.G.T. qui est visée : elle regroupe bien plus de militants et de militantes que le Parti ; elle est directement présente dans les plus grandes entreprises ; il faut donc lui briser l’échine au plus vite. C’est ce qui sera fait au soir du 30 novembre 1938 : à la grève générale lancée en particulier pour la défense de la loi des 40 heures votée dès les débuts du Front Populaire, le gouvernement de Daladier et le patronat opposent la réquisition des travailleurs des services publics et 800 000 licenciements temporaires ou définitifs dans l’industrie privée.

Ensuite, à l’extérieur, après Munich (30 septembre 1938), il y a la nuit de Cristal (10 novembre 1938), à l’occasion de laquelle les nazis s’en prennent, de façon très spectaculaire et mondialement visible, aux Juifs résidant en Allemagne, tandis que le 6 décembre, Ribbentrop, qui a exigé l’absence des ministres juifs français, dont Jean Zay, à la table du repas de réception, vient à Paris signer, avec le président du Conseil Daladier, le honteux pacte d’amitié franco-allemand, aujourd’hui soigneusement passé sous silence.

Conséquence remarquable de tout ceci, c’est-à-dire du bannissement intérieur des communistes et des cégétistes, et du ralliement de la France officielle à l’Allemagne de Hitler : le 17 décembre 1938, 430 journaux français demandent la dissolution du Parti communiste…

Or, il faudrait attendre encore huit mois avant que ne survienne le dit pacte germano-soviétique (23 août 1939) dont il est convenu aujourd’hui de faire le modèle de la trahison en politique étrangère : de qui se moque-t-on? De qui?… Et de quoi?… De notre ignorance surtout, d’une ignorance d’autant plus arrangeante pour les dominants qu’elle est plus vaste… Quelles seraient, en effet, les conséquences politiques d’une levée, même légère, d’un voile qui entrave jusqu’aux moindres de nos enthousiasmes citoyens ?…

Mais, puisque les « zélites » françaises ne veulent rien nous dire, tournons-nous vers l’un des principaux protagonistes de la Seconde Guerre mondiale, Winston Churchill, qui revient, en quelques mots sur la position développée par l’ami de Pierre Cot, Maxime Litvinov, à la tribune de la Société des Nations quelques jours avant que n’interviennent les discussions qui réuniraient à Munich : Hitler, Mussolini, Chamberlain, Daladier, en l’absence aussi bien de l’URSS et de la Tchécoslovaquie soigneusement tenues à l’écart :
« L’offre soviétique fut purement et simplement ignorée. Les Russes ne furent pas associés au front anti-hitlérien, et on les traita avec une indifférence – pour ne pas dire un dédain – qui laissa son empreinte dans l’esprit de Staline. Les événement suivirent leur cours, comme si la Russie soviétique n’existait pas. Nous devions bientôt le payer très cher. » (pages 157-158)

Et nous les entendons déjà pleurnicher, toutes celles et tous ceux qui feindront d’avoir de bonnes raisons de se plaindre de la signature du pacte de non-agression signé par Molotov et Ribbentrop (1939)… ce même Ribbentrop qui, deux ans auparavant (1937) s’était enquis du prix à payer aux Britanniques pour qu’ils laissent à Hitler les mains libres… en Europe de l’Est…

Veut-on maintenant la liste, établie par Winston Churchill à la date du 31 mars 1939 – c’est-à-dire  cinq mois avant ce pacte du 23 août 1939 dont il faudrait faire un procès à Joseph Staline -, de tous les appels du pied faits par les prétendues démocraties occidentales à Adolf Hitler en personne pour qu’il se jette d’urgence sur l’Union soviétique ? La voici :
« Regardons derrière nous et voyons ce que nous avons successivement accepté ou abandonné : le désarmement de l’Allemagne par traité solennel et le réarmement de l’Allemagne en violation de ce même traité solennel ; l’abandon de la supériorité aérienne et même de la parité ; la réoccupation de la Rhénanie par la force et la construction de la ligne Siegfried ; la création de l’axe Rome-Berlin ; l’absorption et la digestion de l’Autriche par le Reich ; l’abandon et le dépeçage de la Tchécoslovaquie par les accords de Munich ; la ligne de fortifications tchèque aux mains des Allemands ; la production d’armements du puissant arsenal de Skoda au service des armées allemandes ; le dédain avec lequel furent reçues, d’une part, les propositions du président Roosevelt pour stabiliser ou faire évoluer la situation européenne et, d’autre part, l’évidente disposition de la Russie soviétique à se joindre aux puissances occidentales et à marcher à fond avec elles pour sauver la Tchécoslovaquie ; enfin, la renonciation à 35 divisions tchèques qui auraient pu faire front à l’armée allemande encore mal préparée, alors que la Grande-Bretagne ne pouvait envoyer que deux divisions pour renforcer le front de France… Le vent avait tout emporté. » (page 171)

Le vent ?

Michel J. Cuny

(Ce texte est extrait, pour l’essentiel, de l’ouvrage que j’ai publié en 2012 aux Editions Paroles Vives : « Quand le capital se joue du travail – Chronique d’un désastre permanent » qui est accessible ici)

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